Mon bébé,
Après avoir accouché, on m’avait avertie qu’il était probable que je me mette à pleurer. Donc, quand j’ai commencé à sangloter sans pouvoir arrêter chaque fois que je me faisais réveiller, je n’ai pas réalisé. Puis j’ai commencé à douter, douter que j’étais une bonne mère pour mon bébé, douter que je prenais les bonnes décisions, que j’étais qualifiée. Je me suis mise à me demander comment les autres pouvaient y arriver. J’étais tellement épuisée que tous mes autres rôles sont devenus très lourds à porter, j’ai fini par délaisser les gens à mes côtés et j’ai vu s’étioler ma relation avec ton papa.
Au lever, j’étais déjà éreintée. À la fin de chaque journée, je n’arrivais pas à décompresser. Et en voyant la nuit arriver, j’étais complètement découragée de savoir que ma torture allait recommencer. Chaque tâche est devenue compliquée à accomplir, chaque défi impossible à surmonter. Chacun de tes pleurs était une occasion nouvelle de décliner. Mes émotions sont devenues difficiles à gérer, ma patience s’est effritée, celle que j’étais s’est transformée en une version que je ne reconnaissais plus et j’ai arrêté de m’aimer. J’ai commencé à me dénigrer, à me demander si tu serais mieux si je n’étais plus à tes côtés, à me convaincre que je n’avais rien de bon à te donner.
Puis un jour aussi gris que les précédents, j’ai compris que j’étais en danger et je me suis mise à avoir peur. Parce que même si je m’appliquais à te donner chaque parcelle d’énergie que je pouvais trouver, je craignais de me réveiller un bon matin sans plus pouvoir prendre soin de toi. Sans avoir l’énergie de t’élever, de m’occuper de ma raison d’exister. Si tu savais combien de fois j’ai essayé de me secouer. J’ai essayé de tout te cacher, de te sourire à travers le torrent de larmes que je venais de verser. Je me suis battue avec mes propres pensées. Pour toi, je voulais m’accrocher. Mais mes forces continuaient de m’abandonner.
Alors je suis allée chercher toute l’aide dont je pouvais disposer. J’ai pleuré, j’ai crié, j’ai supplié que quelqu’un veuille bien m’aider à remonter. J’ai fini par consulter. J’ai mis mon égo de côté et j’ai avalé des pilules. Je me suis lentement relevée. Non pas sans parfois retomber. J’ai appris à déléguer. J’ai appris à te laisser quelques heures pour mieux te retrouver. J’ai essayé de me pardonner ma fragilité parce que m’occuper de toi était plus difficile que je me l’étais imaginé. J’ai mis de côté cette voix qui me disait que ça t’avait affecté. J’ai travaillé fort pour ne pas me comparer à celles qui semblaient tellement douées pour la maternité. J’ai appris à vivre avec la culpabilité de ne pas avoir pleinement profité des précieux premiers mois de l’être le plus aimé. Et je me suis promis que j’allais passer le reste de ma vie à faire de mon mieux pour toi. Pour moi. Pour nous.
Chère Stéphanie,
J’espère que tu vas mieux. J’ai fait deux dépressions post-partum et je veux te dire que je te comprends tellement.
L’accouchement prend beaucoup d’énergie et avec la dépression on pense ne jamais retrouver la personne que l’on était avant. Tu seras avec le temps plus forte et si tu te sens bien avec ton médicament, je te conseille de le garder.
J’ai pour ma part essayé d’arrêter graduellement et décidé de finalement de continuer la médication, Ça m’a sauvé la vie.